INTERNATIONAL(du 15/11/2002 au 02/02/2003)(fin de la deuxième partie)

par ERIC JL BRETON

Publié le mardi 28 janvier 2003

Mardi 28 janvier 2003
ZIMBABWE Désaccord des ministres européens
L'affaire Mugabe embarrasse les Quinze


Bruxelles : de notre correspondant Philippe Gélie
[28 janvier 2003]

C'est un casse-tête juridico-diplomatique qui pourrait servir de sujet d'examen à l'ENA : peut-on prolonger des sanctions contre le Zimbabwe, qui bafoue les droits de l'homme, tout en invitant ses dirigeants à participer aux prochaines réjouissances euro-africaines ?

Malgré leurs efforts, les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne (UE) n'ont pas pu y répondre hier. Ils ont renvoyé le dossier à leurs ambassadeurs, avec quelques «lignes directrices» qui sont loin de garantir un accord final. Georges Papandréou, le ministre grec des Affaires étrangères et président en exercice de l'UE, n'a pas minimisé l'enjeu : «Nous allons essayer de trouver un consensus, mais si nous n'y parvenons pas, il pourrait ne pas y avoir de sommet» UE-Afrique le 3 avril à Lisbonne.

Pour le premier ministre britannique, Tony Blair, en pointe dans la condamnation des exactions et abus commis par le régime d'Harare, il est hors de question de se retrouver en avril sur la même photo officielle que le président Robert Mugabe. Celui-ci, à la tête de 71 dignitaires du Zimbabwe, figure depuis un an sur une «liste noire» de personnalités interdites de voyage en Europe. Les sanctions en vigueur prévoient également un embargo sur la fourniture de matériel militaire. Le Royaume-Uni, l'ancienne puissance coloniale du pays, souhaite étendre la liste noire à d'autres proches du régime, notamment des responsables économiques. Cette décision aurait dû être prise hier, le régime des sanctions décidé il y a un an arrivant à expiration le 18 février. Mais la France a compliqué la donne en demandant une dérogation afin que Mugabe assiste au sommet franco-africain en février à Paris. Conformément à la procédure existante, elle l'a notifié par écrit à ses 14 partenaires jeudi dernier, dont l'approbation unanime est requise. Or quatre d'entre eux ont fait valoir des objections : la Grande-Bretagne, la Suède, les Pays-Bas et le Danemark.

Du coup, un marchandage s'engage. «La France est favorable à la poursuite des sanctions à condition que nous trouvions une solution satisfaisante pour Paris et pour Lisbonne», prévient Dominique de Villepin. La présidence grecque propose une modification de la procédure : le renouvellement serait décidé à l'unanimité, les dérogations à la majorité qualifié. Un compromis doit être trouvé entre représentants permanents des États membres à Bruxelles.

Les dérogations à l'interdiction de séjour peuvent être accordées «pour des raisons humanitaires» ou «pour assister à des réunions d'organismes internationaux», ou encore «pour mener un dialogue politique visant à promouvoir la démocratie, les droits de l'homme et l'état de droit». C'est ce que Dominique de Villepin appelle «des sanctions dans un esprit d'ouverture» : «Qui dit sanction ne dit pas que la diplomatie s'arrête, a-t-il souligné hier. Et la diplomatie, c'est de tout faire pour trouver une solution.» Reste que l'UE risque d'envoyer «un étrange signal», prévient son homologue suédois, Anna Lindh.



Mardi 28 janvier 2003


Le Monde
A la Une, mardi 28 janvier 2003, p. 1

Irak : Washington devra attendre

NATIONS UNIES. AVANT LA PRÉSENTATION, LUNDI 27 JANVIER, DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ PAR HANS BLIX ET MOHAMED ELBARADEI, CHEFS DES INSPECTEURS DE L'ONU, DE LEUR RAPPORT D'ÉTAPE, LES ETATS-UNIS ONT LAISSÉ ENTENDRE QU'ILS ÉTAIENT DISPOSÉS À ACCORDER UN ULTIME DÉLAI AUX INSPECTIONS ONUSIENNES EN IRAK. CEPENDANT, WASHINGTON CONTINUE D'AFFIRMER QUE "LE TEMPS EST COMPTÉ". MAIS LA RÉSOLUTION 1441 NE FIXE AUCUN DÉLAI, ET PLUSIEURS ÉTAPES RESTENT PRÉVUES AVANT D'ABOUTIR À UNE DÉCISION DE L'ONU SUR LA POURSUITE OU NON DU PROCESSUS D'INSPECTIONS. CE CALENDRIER PRÉVOIT UN NOUVEAU RAPPORT DES INSPECTEURS LE 14 FÉVRIER ET S'ÉTEND JUSQU'AU 27 MARS.WASHINGTON. TOUT EN AFFIRMANT QU'ILS SE RÉSERVENT LE DROIT D'AGIR CONTRE L'IRAK SANS L'ACCORD DE L'ONU, LES ETATS-UNIS ONT DE BONNES RAISONS, À LA FOIS POLITIQUES ET FINANCIÈRES, DE NE PAS COUPER LES PONTS AVEC LES NATIONS UNIES.BAGDAD. LES INSPECTIONS FACE À L'IMPOSSIBLE CONFIDENTIALITÉ DES ENTRETIENS AVEC LES SCIENTIFIQUES.Secrétaire d'Etat américain, Colin Powell répond aux questions du Monde : "La stratégie de containmenta perdu de son efficacité. (...) S'il n'y a pas de solution pacifique, ce sera la guerre."

Pour la France, rien ne justifie un débat sur le recours à la force. La position des Quinze.

Le forum économique mondial face à l'effet Lula.

Premier volet de notre série sur l'Amérique avant guerre : la croisade de Fox News, musclée, aguichante et conservatrice.

"La leçon de Lula".

Catégorie : La Une; Actualités
Taille : Court, 170 mots

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Doc. : 20030128LM0306955

Le Monde
International, mardi 28 janvier 2003, p. 2

Washington a besoin des Nations unies pour envisager la gestion du pays après Saddam Hussein

Washington de notre correspondant

Depuis son discours, le 12 septembre 2002, devant l'Assemblée générale de l'ONU, George Bush n'a pas cessé de répéter que les Etats-Unis se réservaient le droit d'agir contre l'Irak sans l'accord des Nations unies si leur sécurité l'exigeait et, ajoute-t-il maintenant, "au nom de la paix". De fait, les préparatifs militaires américains dans la région sont tels qu'on imagine mal que la guerre n'ait pas lieu, avec ou sans l'ONU. "Le compte à rebours est commencé", écrivait le New York Times, dimanche 26 janvier, au début d'un éditorial demandant au président de "freiner" la marche vers l'affrontement militaire (à l'inverse, le Washington Post estime que l'ONU doit accélérer). Selon certaines sources, des éléments de la CIA et des forces spéciales seraient même, déjà, dans le pays, au moins au Kurdistan, reproduisant ainsi une tactique employée en Afghanistan à l'automne 2001.

Néanmoins, en dépit des pressions qu'exercent les partisans d'une action unilatérale, le président Bush est demeuré, jusqu'à maintenant, dans le cadre de la procédure déterminée par la résolution 1441. Il y a à cela une première raison, liée à la particularité d'une guerre préventive. Pour que les Etats-Unis prennent l'initiative des hostilités contre l'Irak, il faudrait au moins que la préparation d'une agression par Bagdad, contre eux-mêmes ou contre un de leurs alliés, soit démontrée.

RAISONS FINANCIÈRESOr tous les sondages publiés aux Etats-Unis depuis une semaine sont convergents : aux yeux de la majorité de ses concitoyens, M. Bush n'a pas apporté la preuve de cette menace. Favorables, de façon générale, à une action militaire pour chasser Saddam Hussein du pouvoir, les Américains estiment que cette action devra s'appuyer sur les conclusions des inspecteurs de l'ONU plutôt que sur les certitudes alléguées par leur gouvernement.

Jusqu'à maintenant, les dirigeants américains ont reculé devant le précédent que constituerait le déclenchement d'une guerre préventive à partir de la seule appréciation, par le pays qui engage les opérations, de la menace à laquelle il dit être soumis. Certains de ceux qui plaident pour le passage à l'action sans plus de discussions à l'ONU ont avancé que le cessez-le-feu qui a mis fin à la guerre du Golfe, en 1991, avait pour condition que Saddam Hussein se soumette aux obligations énoncées par le Conseil de sécurité. Il suffirait donc de constater qu'il ne respecte pas ces obligations pour que la reprise des combats soit légitime. Cependant, le constat du non-respect des résolutions ne peut être établi valablement que par l'ONU.

A cette première raison juridique, pour les Etats-Unis, de ne pas couper les ponts avec l'ONU s'en ajoute une seconde, à la fois politique et financière. Militairement, les Etats-Unis n'ont pas besoin d'autre aide, de la part de leurs alliés, que les droits de survol et la possibilité d'utiliser des bases, au Qatar, au Koweït ou en Turquie.

En revanche, l'aide de la communauté internationale leur est nécessaire pour la suite. Le secrétaire d'Etat, Colin Powell, a déclaré, dans le Washington Post du 17 janvier : "Nous voudrions internationaliser au maximum car il y aura beaucoup de travail à faire."

L'EXEMPLE DU KOSOVOAprès avoir imaginé diverses formules pour l'après-Saddam Hussein, les responsables militaires et diplomatiques de Washington semblent être parvenus à un accord sur un dispositif inspiré du Kosovo et de l'Afghanistan. Les forces américaines ou celles de la coalition resteraient en Irak pendant une durée de 12 à 18 mois, mais une autorité civile serait désignée par l'ONU.

Cet administrateur remplirait des fonctions comparables à celles qui avaient été confiées à Bernard Kouchner au Kosovo et à celles qu'exerce Lakhdar Brahimi en Afghanistan. Ce serait la première fois que l'ONU prendrait en charge l'administration d'un pays grand comme la France et peuplé de 24 millions d'habitants. Washington compte aussi sur les réseaux de distribution de l'aide alimentaire et des médicaments mis en place par l'organisation internationale dans le cadre du système "Pétrole contre nourriture". Enfin, l'ONU a déjà commencé à prévoir l'assistance humanitaire nécessaire en cas de guerre.

Après avoir envisagé qu'une administration militaire américaine prenne en charge les services civils dans un Irak désorganisé par la guerre, les Etats-Unis préfèrent, maintenant, s'en remettre à l'organisation internationale. L'opposition irakienne ne leur paraissant pas capable de former tout de suite un gouvernement, qui serait, en outre, imposé par la puissance occupante, les dirigeants américains estiment préférable, vis-à-vis des opinions publiques arabes, une administration "neutre". Ils aimeraient sans doute pouvoir se passer de l'ONU pour entrer en Irak, mais ils ont besoin d'elle pour en sortir.

Patrick Jarreau

Catégorie : Politique nationale et internationale
Sujet(s) uniforme(s) : Conflits armés; Politique extérieure et relations internationales
Taille : Moyen, 579 mots

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Doc. : 20030128LM0306960




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Le Monde
International, mardi 28 janvier 2003, p. 2

Irak : les Etats-Unis acceptent la poursuite des inspections

Tout en affirmant que "le temps est compté", les Etats-Unis devaient accepter, lundi 27 janvier, qu'un délai supplémentaire soit accordé aux inspecteurs de l'ONU chargés du désarmement de l'Irak. MM. Blix et ElBaradei, responsables des inspecteurs, présentent devant le Conseil de sécurité le bilan de deux mois de travail sur le terrain. L'un et l'autre devaient demander la poursuite de leur mission, tout en notant une coopération insuffisante de Bagdad. En particulier, les interrogatoires confidentiels de scientifiques irakiens se sont jusqu'alors révélés impossibles. Dans un entretien au Monde, le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, se dit prêt à accepter ce délai, demandé par la plupart des pays, Grande-Bretagne en tête. Il permettrait, à ce stade, d'éviter une division au sein du Conseil de sécurité.

New york (nations unies) de notre correspondante

Les Etats-Unis semblent disposés à donner encore un peu de temps aux inspecteurs de l'ONU pour poursuivre leur mission en Irak. Sans qu'aucune déclaration officielle n'ait confirmé cette évolution, tous les journaux américains ont annoncé, à quelques jours d'intervalle, que l'administration Bush avait effectué un repli sur la question du calendrier des inspections, tout en continuant à marteler le même message officiel : "Le temps est compté."

Avant l'intervention de MM. Blix et ElBaradei devant le Conseil de sécurité, lundi 27 janvier, cette évolution a été confirmée à l'ONU par un diplomate de haut rang d'un pays du camp américain. "Les Anglais ont obtenu un délai après la visite de Jack Straw -ministre britannique des affaires étrangères- à Washington, a-t-il expliqué. Au moins jusqu'au 15 février."

Les diplomates ont aussi noté avec intérêt que la ministre espagnole des affaires étrangères, Ana Palacio, sortant à son tour d'un entretien avec Colin Powell, s'était préoccupée de voir les inspecteurs obtenir le temps dont ils ont besoin pour leur mission. Or, l'Espagne, entrée au Conseil début janvier, n'a pas encore acquis à l'ONU la réputation d'une grande indépendance d'esprit par rapport à Washington...

Dimanche, Tony Blair a dit, lui aussi, que les inspecteurs devraient avoir "le temps dont ils ont besoin, quel qu'il soit", compte tenu du fait que cela ne devrait pas prendre "des mois" pour déterminer si Saddam Hussein coopère. Dominique de Villepin et Javier Solana ont eux aussi demandé du temps, plusieurs semaines, voire "plusieurs mois", a dit le ministre français, "pas un temps infini", a nuancé le responsable de la politique étrangère de l'Union européenne.

"UNE QUESTION DE PATIENCE"Depuis Davos, le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, a lui-même répondu à la question de ce délai dans l'interview qu'il a accordée dimanche au Monde : "Certains pays pensent en effet que ce serait une bonne idée", a confirmé M. Powell. Et, a-t-il souligné, "si les inspecteurs le demandent dans leur rapport, nous les écouterons".

Il ne resterait donc plus aux inspecteurs qu'à demander du temps. Avant même d'atterrir à New York en provenance de Vienne, Mohamed ElBaradei, le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), a fait savoir que telle était son intention, et aussi celle de M. Blix, croyait-il savoir. Selon le porte-parole de l'AIEA, M. ElBaradei comptait aussi décerner, lundi, un "B" à l'Irak (une note satisfaisante dans l'échelle des mérites scolaires aux Etats-Unis) pour sa coopération avec les inspecteurs dans le domaine nucléaire.

Le porte-parole a rappelé que l'AIEA n'a pas trouvé le fameux "smoking gun"sur les sites décrits comme abritant de "nouvelles constructions" suspectes par les responsables politiques américains et britanniques, début septembre. Quant aux tubes d'aluminium, présentés par Dick Cheney et Condoleezza Rice, comme prélude à des programmes nucléaires, ils se sont révélés, à l'étude, nettement moins intéressants même s'ils ont été obtenus en violation de l'embargo.

En revanche, Hans Blix considérait de son côté qu'il n'avait aucune raison de demander un délai supplémentaire. Rien dans la résolution 1441 ne limite en effet la durée des inspections. "Ce n'est pas une question de temps mais une question de patience, rétorque Ewen Buchanan, le porte-parole de l'Unmovic (Commission de contrôle, de vérification et d'inspection de l'ONU). Quelle est la patience du Conseil, c'est une autre affaire."

La question du délai a enflammé le conseil mi-janvier. M. Blix avait cru bon de s'inscrire dans le calendrier qui lui est précisé dans son ordre de mission de la résolution 1284 (prévoyant alors un nouveau rapport fin mars). Sous une pluie de critiques américaines, il a dû battre en retraite. Mais de leur côté, les Américains n'ont pas trouvé d'alliés ayant envie de suspendre une mission en Irak qui n'a que 60 jours d'existence.

S'il n'était pas toujours "d'humeur égale", selon ses collaborateurs, M. Blix aurait été ces temps-ci fort mécontent. Il en était au point vendredi de ne pas vouloir mentionner le terme "coopération" dans son bilan des deux mois d'inspections, sachant avec quelle attention est étudié puis utilisé le moindre de ses propos. Il ne comptait nullement donner une note aux Irakiens, à la manière de l'AIEA. "Mais ils ne méritent certainement pas un "B"", confiait un de ses proches. A Bagdad, le 20 janvier, M. Blix a été irrité. Il a fallu négocier avec les Irakiens les survols en hélicoptère dans la zone d'exclusion aérienne. "Ils voulaient avoir un de leurs hélicoptères derrière le nôtre, dit un inspecteur. Après ils ont demandé à pouvoir emmener des équipes de télévision dans notre hélicoptère." M. Blix estime qu'il pourrait être utile aux Irakiens de prendre l'affaire "plus au sérieux".

Selon certains diplomates, le "faux" délai en voie d'être accordé aux inspecteurs arrangerait bien Washington, autant sur le plan militaire que diplomatique. Signe des temps, même la Bulgarie, considérée comme un allié archi-discipliné de Washington, a émis la semaine dernière des positions moins dans la ligne, en faveur d'une "solution pacifique" et de "l'unité du Conseil".

Les Etats-Unis ont accepté que M. Blix revienne pour un nouveau briefing "de routine" le 14 février devant le Conseil. Ils espèrent mettre l'ONU au pied du mur de la mauvaise coopération irakienne. Quant aux partisans des inspections, ils font le pari qu'il est maintenant trop tard, trop impopulaire et aussi trop coûteux pour les Etats-Unis de choisir une intervention sans l'aval des Nations unies.

Corine Lesnes

Les différentes étapes qui demeurent prévues dans le calendrier des inspections

Même si le "temps est compté", selon les Américains, le calendrier montre que plusieurs étapes restent prévues avant d'aboutir à une décision à l'ONU sur la poursuite ou non du processus d'inspections.

Lundi 27 janvier

. Hans Blix et Mohamed ElBaradei présentent au Conseil de sécurité leur premier rapport global après deux mois d'inspections en Irak. Ils ont déjà donné au Conseil un rapport sur leur première visite à Bagdad (25 novembre 2002), une évaluation de la déclaration irakienne d'armements (le 19 décembre) et un rapport intermédiaire (le 9 janvier).

Mardi 28 janvier

: le président Bush prononce le discours sur l'état de l'Union. En 2002, il avait à cette occasion évoqué l'"axe du Mal" constitué par l'Irak, la Corée du Nord et l'Iran. Selon Dan Bartlett, directeur de communication de la Maison Blanche, le président se bornera cette année à informer le public que "nous faisons face à la perspective d'une guerre". Le discours "ne sera pas l'occasion de déclarer la guerre", a-t-il indiqué vendredi.

Mercredi 29 janvier

: les consultations s'engagent à huis clos entre les quinze membres permanents du Conseil de sécurité. Au coeur des discussions, les conséquences à tirer du degré de "coopération" des Irakiens avec les inspecteurs.

Vendredi 31 janvier

: Tony Blair rencontre George Bush à Camp David.

5 février :

Hans Blix se rend à Berlin. L'Allemagne a pris la présidence du Conseil de sécurité le 1er février.

14 février :

nouveau rapport des inspecteurs. Au-delà du bilan d'activité après 60 jours, la résolution 1441 n'avait prévu aucune échéance. M. Blix pensait s'inscrire dans le cadre de la résolution 1284 de décembre 1999, mais il a été rappelé à l'ordre par les Américains. Les Allemands ont prévu un retour de M. Blix devant le Conseil le 14 février. Les Américains ont accepté un "briefing de routine".

1er mars

: date du rapport d'activités de l'Unmovic (commission chargée du désarmement de l'Irak) que soumet chaque trimestre M. Blix depuis 1999.

27 mars

: date du "début" du programme de travail de l'Unmovic selon la résolution 1284, soit 60 jours après le 27 janvier. Selon cette résolution, ce n'est qu'à l'issue d'une période de 4 mois, soit fin juillet, que le Conseil évalue la "coopération" irakienne.

Catégorie : Politique nationale et internationale
Sujet(s) uniforme(s) : Politique extérieure et relations internationales
Taille : Long, 1047 mots

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Doc. : 20030128LM0306959

Le Monde
International, mardi 28 janvier 2003, p. 3

Colin Powell, secrétaire d'Etat américain
"Nous écouterons les pays qui pensent qu'un délai accordé à l'Irak est une bonne idée"

Davos de notre envoyé spécial

Les Etats-Unis disent avoir des "preuves" que l'Irak détient des armes de destruction massives et vous ne les présentez pas, au risque de décrédibiliser votre position. Pourquoi ?

Il ne s'agit pas de montrer un immeuble avec des pièces à l'intérieur. J'aimerai avoir des preuves aussi irréfutables que celles dont disposait le gouvernement américain en 1962 dans l'affaire des missiles de Cuba. Mais ce n'est pas aussi simple cette fois-ci. Nous avons des rapports des services de renseignement qui nous démontrent que nos pires craintes sont justifiées. Nous espérons pouvoir les rendre publiques dans environ une semaine, si cela est possible.

Vous dites aujourd'hui que c'est aux Irakiens de démontrer qu'ils ont détruit les armes qu'ils avaient. Mais pourquoi cette inversion des charges de la preuve qui crée un doute chez les Européens ?

Il est raisonnable de demander aux Irakiens de se conformer enfin à ce que l'ONU demande depuis douze ans. Pourquoi l'Irak ne le fait toujours pas ? Pourquoi ne pas tout ouvrir aux inspecteurs ? Pourquoi tant d'officiels suivent ces inspecteurs ? Pourquoi ne pas nous dire où sont passées les armes détenues il y a douze ans et, si elles ont été détruites, en apporter la preuve ?

Comme l'Afrique du Sud l'a fait lors de son désarmement, l'Irak devrait nous dire : "Demandez ce que vous voulez et nous vous le montrerons. Demandez l'accès à tous les endroits que vous voulez et nous les ouvrirons. Les inspecteurs seront libres et seuls dans leurs visites, et les personnes interrogées ne verront pas leurs familles menacées". Rien de tout cela. Au contraire, les scientifiques concernés refusent de parler à cause des risques pour leurs proches. Cette attitude est une preuve manifeste d'un manque permanent de coopération.

Si l'Irak commençait à coopérer, quelle attitude adopteriez-vous ?

J'aimerai avoir le sentiment qu'ils vont dans cette direction. Saddam Hussein avait, depuis la première semaine de novembre, la possibilité de changer et de coopérer enfin. Au lieu de ça, il a émis une série de diatribes accusant les Etats-Unis de tous les maux. Il a livré à l'ONU un rapport de 12 000 pages de faussetés, ce document ne faisant que reprendre tous les rapports précédents de l'ONU sur le désarmement de l'Irak. C'était le test. S'il était sérieux, il pouvait coopérer. Mais non. Voilà pourquoi le gouvernement américain considère cela comme une "violation patente" des résolutions de l'ONU.

Combien de temps attendrez-vous ?

C'est au président Bush de répondre. Mais tout cela ne peut pas durer éternellement. Nous sommes dans la phase finale.

Si un délai supplémentaire était donné aux inspecteurs, cela permettrait-il un meilleur soutien de la France et de l'Allemagne ?

La presse parle d'un délai. Certains pays pensent en effet que ce serait une bonne idée. Je peux vous dire que si les inspecteurs le demandent dans leur rapport -au Conseil de sécurité lundi 27 janvier-, nous les écouterons. On aura une première réaction, puis, mardi, le président évoquera la situation dans son discours annuel sur l'état de l'Union.

Ensuite, il y aura un débat au Conseil mercredi. Le président passera une partie de la semaine à s'entretenir avec d'autres chefs d'Etat et je ferai de même avec mes collègues. Tony Blair se rendra à Washington vendredi. Plusieurs autres responsables sont attendus. A la fin, nous nous déterminerons. Je ne peux pas vous dire aujourd'hui ni quand ni quelle sera notre position.

Quelle est votre interprétation de la résolution 1441 ?

Elle comporte plusieurs éléments importants. Lors de sa négociation, on était tous d'accord pour dire que Saddam Hussein viole ses obligations. Il était en violation patente, et l'est encore, des résolutions précédentes de l'ONU. Certains pays disaient, ne regardons pas le passé mais l'avenir. Nous, nous disions qu'il était et est en violation et qu'il fallait lui donner une dernière chance mais à la condition qu'il se plie à une liste de critères spécifiques afin de rendre possible le travail des inspecteurs.

Nous voulions aussi prévoir d'avance les conséquences d'une nouvelle violation patente. C'était un point très débattu entre nous mais, finalement, il est prévu des "conséquences sérieuses" en cas de non-coopération, ce qui signifiait, sans qu'il y ait d'ambiguïté là-dessus, l'emploi de la force. Nous savons que certains pays veulent aujourd'hui revenir au Conseil et nous le comprenons. Mais nous ne voulons pas nous engager sur une deuxième résolution : on s'en réserve le droit mais on se réserve aussi celui, tenant compte des anciennes violations patentes et des nouvelles, d'en venir à une action unilatérale, avec éventuellement d'autres pays.

A quelles conditions accepteriez-vous une deuxième résolution ?

Si nous jugeons qu'il faut prendre une option militaire, ce serait nettement mieux qu'elle soit entreprise avec toute la communauté internationale. Et si nous pouvions avoir une résolution faisant état de l'emploi de "tous les moyens nécessaires", ce serait plus simple pour certaines nations de se joindre à nous. On s'en féliciterait alors. Mais ce ne peut être une condition préalable. Au cas où nous agirions en l'absence d'une nouvelle résolution, nous ne serions pas seuls, je suis en contact avec plusieurs alliés qui nous ont dit qu'ils nous suivront.

Au coeur des divergences entre les Etats-Unis et l'Europe, n'y a-t-il pas le changement de doctrine qui fait passer la stratégie de la notion de "containment" à celle d'action préventive ?

Il y a des divergences entre nous. Elles sont normales et il y en a toujours eu. Mais nous ne pouvons pas être séparés. Parler d'une fracture est totalement faux. Vous évoquez notre nouvelle stratégie de défense, mais le texte ne comporte que deux paragraphes sur les frappes préventives. Il ne s'agit que de l'un des moyens de faire face aux menaces nouvelles aux côtés d'autres comme le développement économique ou sanitaire. Tous les pays ont le droit de préempter une menace. C'est comme si un policier voyait quelqu'un courir avec une arme dans la rue. Il doit l'arrêter !

Ce que nous avons fait n'est que de donner plus d'importance à ce moyen mais notre stratégie demeure la même : la coopération avec nos alliés. Dit-on que les Etats-Unis veulent être plus forts que tout le monde ? Mais ce n'est pas forcément mauvais ! Nous avons montré dans le passé que nous savions utiliser sagement ce pouvoir militaire. Ce n'est pas un facteur d'instabilité mais de stabilité. Quant à la stratégie de containment, elle a tout simplement perdu de son efficacité. Comment contenir Al-Qaida ?

Pourquoi l'Irak est-il devenu la priorité passant devant la lutte contre le terrorisme ?

Non, la lutte contre le terrorisme reste notre première préoccupation. Mais Saddam Hussein est une menace très grave pour la région et pour le monde. C'est un Etat qui a sponsorisé le terrorisme et qui a développé des armes de destruction massive avec application. On ne peut qu'être inquiet de voir ces armes se retrouver en des mains terroristes.

Mais aucun lien n'a été trouvé entre Bagdad et Al-Qaida...

Nous avons des preuves, non pas d'une participation irakienne aux attentats du 11 septembre, mais de liens entre les deux.

De quel poids pèse le pétrole dans votre politique ?

Le pétrole appartient aux Irakiens. Si une guerre devait avoir lieu nous respecterons les lois internationales comme nous l'avons toujours fait. Dire que nous ferions cette guerre pour le pétrole est une bêtise.

Vous dites que le conflit peut encore être évité, mais les opinions publiques pensent que vous voulez cette guerre...

Le président Bush ne veut pas la guerre. Mais il dit aussi qu'il n'y aura pas de solution en Irak si on ne démontre pas notre volonté d'aller jusqu'à la guerre. L'opinion ne retient que la deuxième partie de la phrase. Ce n'est pas notre préférence mais, s'il n'y a pas de solution pacifique, ce sera la guerre.

Propos recueillis par Jean-Marie Colombani (entretien accordé à huit journaux européens)

Catégorie : Politique nationale et internationale
Sujet(s) uniforme(s) : Armes et armements; Politique extérieure et relations internationales
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Doc. : 20030128LM0306963




Le Monde
International, mardi 28 janvier 2003, p. 4

Un consensus européen minimum pour un soutien total aux Nations unies

Les Quinze affichent un relatif optimisme

Bruxelles de notre bureau européen

La crise irakienne constitue d'abord pour les Européens un défi de taille pour tenter de présenter un front uni en matière de politique étrangère. Sachant que ce dossier ne peut que mettre à nu leurs divisions, ils se sont gardés jusqu'à présent d'ouvrir le moindre débat à propos de l'Irak, quitte à jeter une lumière crue, le moment venu, sur leurs divergences. Cette politique de l'autruche pourrait rencontrer ses limites, lors de la réunion des ministres des affaires étrangères des Quinze, lundi 27 janvier, jour de remise du rapport des inspecteurs de l'ONU sur le désarmement de l'Irak au Conseil de sécurité.

En raison du décalage horaire entre Bruxelles et New York, la réunion des Quinze intervient trop tôt pour leur permettre d'émettre un avis fondé sur les conclusions de M. Blix. Loin d'être une fâcheuse coïncidence, ce décalage les arrange : il va leur permettre, une nouvelle fois, de temporiser. La Grèce, qui préside l'Union européenne, est placée dans une position difficile : sa responsabilité est de tout faire pour que le fragile consensus européen, qui repose sur le rôle prépondérant des Nations unies dans la crise irakienne, perdure.

Elle a donc pris l'initiative de convoquer, lundi matin, une réunion spéciale des quatre pays qui siègent actuellement au Conseil de sécurité de l'ONU - la France et la Grande-Bretagne, comme membres permanents, ainsi que l'Allemagne et l'Espagne -, à laquelle assisteront, outre le ministre grec, son homologue italien (l'Italie assumera la prochaine présidence de l'Union européenne) et Javier Solana, Haut représentant de l'Union pour la politique étrangère et de sécurité.

L'ambition de cette rencontre est limitée : il s'agit de se concerter, d'échanger des informations et de tenter de dégager les bases d'un consensus minimal pour la réunion à quinze.

Le fait que Tony Blair ait indiqué qu'il était favorable à donner "autant de temps qu'il faudra"aux inspecteurs de l'ONU, et que Colin Powell, le secrétaire d'Etat américain, n'ait pas écarté la possibilité d'une prolongation de leur mission si telle est la demande de M. Blix, incite les Quinze à un relatif optimisme : une fois encore, il devrait être possible de retarder l'étalage public des divergences européennes.

DÉCLARATION COMMUNEC'est dans cet esprit que la présidence grecque a préparé une déclaration commune en cinq points, qui reprend les termes d'un consensus minimal peu différent du texte adopté lors du sommet européen de Copenhague, en décembre.

Selon une version provisoire de ce texte, les Quinze rappellent que leur "objectif clair" est le désarmement par l'Irak de "toutes ses armes de destruction massive", conformément aux résolutions des Nations unies ; l'Union européenne presse le gouvernement irakien de "saisir cette ultime chance de se conformer entièrement à ses obligations en matière de désarmement" ; les Quinze continuent d'apporter un soutien total à l'ONU et au Conseil de sécurité, "qui porte la responsabilité principale" s'agissant de la crise irakienne et dont le rôle pour préserver "la paix et la sécurité globale doit être préservé".

L'Union européenne renouvelle son soutien à Hans Blix et Mohamed ElBaradei, le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), et souligne qu'en cas de "preuves substantielles" de la non-coopération de l'Irak, "de nouvelles consultations devraient avoir lieu entre les membres du Conseil de sécurité, ainsi que des contact intensifs"entre ministres européens. La présidence grecque aimerait aller au-delà, par exemple souligner que toute action ultérieure devrait être décidée par le Conseil de sécurité, mais il est probable qu'elle n'insistera pas sur ce point, pas plus que sur la nécessité d'une seconde résolution des Nations unies pour engager une intervention militaire.

Plusieurs pays, au premier rang desquels la Grande-Bretagne, ne sont pas prêts à s'engager sur ce point. Sans adopter une ligne aussi pro-américaine que Londres, l'Espagne et l'Italie, puis le Danemark et les Pays-Bas, sont les pays les plus soucieux de ne pas adopter une position contraire à celle de Washington. Les plus attachés à une stricte démarche onusienne sont, outre la France et l'Allemagne, la Grèce, la Belgique, le Luxembourg, la Suède. Mais il s'agit là d'une distinction fragile : alliées face à la position va-t-en-guerre de Washington, l'Allemagne et la France ont sur le fond des positions fort différentes.

Si la première est résolument pacifiste à propos de l'Irak, la seconde y réfléchira à deux fois avant d'opter pour la non-participation à une guerre qui serait en tout état de cause menée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Faute de pouvoir se prévaloir d'une approche commune à propos de l'Irak, les Quinze vont adopter à l'unanimité une initiative qui, dans une période internationale moins tendue, aurait été célébrée avec davantage d'éclat : la décision politique permettant à l'Union européenne de prendre le relais des forces de l'OTAN en Macédoine en mars-avril. Il s'agira de la première opération militaire des Quinze, puisque la mission en Bosnie, commencée début janvier, est de nature policière.

Laurent Zecchini

L'Europe de l'Est derrière Washington

Elevés au rang d'alliés modèles par Washington, les pays d'Europe de l'Est appuient fermement les Etats-Unis dans la crise irakienne. La Hongrie a mis à disposition de l'armée américaine sa base de Taszar pour former quelque 3 000 exilés irakiens à des fonctions de liaison en cas de guerre en Irak. La République tchèque a rapidement répondu à une demande américaine de fournir une unité spécialisée de protection contre les armes chimiques ou bactériologiques. Le chef de la diplomatie polonaise, Wlodzimierz Cimoszewicz, a déclaré à plusieurs reprises que la Pologne était prête à soutenir une action militaire des Etats-Unis contre l'Irak même sans l'accord de l'ONU. Les dirigeants d'Europe de l'Est estiment que leur prochaine appartenance à l'Union européenne n'est pas contradictoire avec leur fidélité atlantique. "Les pays de notre région ne doivent pas tomber dans le piège d'un faux dilemme de loyauté et établir une hiérarchie", a affirmé samedi le chef de la diplomatie roumaine, Mircea Geoana. - (AFP.)

Catégorie : Politique nationale et internationale
Sujet(s) uniforme(s) : Armes et armements; Politique extérieure et relations internationales
Taille : Long, 742 mots

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Doc. : 20030128LM0306967