INTERNATIONAL(du 15/11/2002 au 02/02/2003)(fin de la deuxième partie)

par ERIC JL BRETON

Publié le mercredi 29 janvier 2003

Mercredi 29 janvier 2003
Corée du Nord: les espoirs de Séoul déçus


[mercredi 29 janvier 2003 - 11h06 heure de Paris]

© AFP
Lim Dong-Won à son arrivée lundi à Pyongyang
© AFP
SEOUL (AFP) - Un émissaire sud-coréen est rentré mercredi de Pyongyang sans avoir obtenu la rencontre espérée avec le numéro un du régime Kim Jong-Il, mais celui-ci a promis d'étudier des mesures proposées par Séoul pour sortir de la crise sur les ambitions nucléaires du Nord.

Au même moment, le discours du président américain George W. Bush sur l'état de l'Union n'a pas apporté d'élément nouveau susceptible d'accélèrer une solution. La Corée du Sud qui cherche désespérément à faire baisser la tension et désamorcer tout risque de guerre dans la péninsule a fait contre mauvaise fortune bon coeur. "Nous saluons le discours du président Bush au cours duquel il a souligné de nouveau le principe d'une solution pacifique de la question nucléaire par des efforts diplomatiques", a dit Lim Dong-Wan, le conseiller du président Kim Dae-Jung sur la Corée du Nord.

M. Lim s'exprimait devant la presse à son retour d'une mission de trois jours à Pyongyang qui n'a pas débouché sur les résultats espérés. L'émissaire de la présidence sud-coréenne n'a pas pu rencontrer Kim Jong-Il, et les médias officiels du régime stalinien ont réaffirmé que la crise ne trouverait d'issue que dans des négociations directes avec Washington et un pacte de non-agression, des conditions rejetées par les Etats-Unis.

M. Lim a cependant noté que le dirigeant du Nord lui avait fait savoir qu'il remerciait le président Kim d'avoir dépêché un envoyé "porteur d'une lettre contenant des conseils chaleureux". "Il a déclaré qu'il étudierait en profondeur les conseils et nous ferait savoir plus tard" sa réponse, a ajouté M. Lim. La lettre demandait à Kim Jong-Il de faire la lumière sur son programme présumé d'enrichissement d'uranium et de le démanteler si son existence était confirmée.

Le responsable sud-coréen a cependant mis en garde contre tout espoir excessif. "Une solution de la question nucléaire va demander un long processus de dialogue et de négociations. Il ne semble pas y avoir de solution rapide", a-t-il dit. A Séoul, un responsables des Affaires étrangères s'est félicité de la confirmation de la ligne plus souple adoptée par l'administration américaine sur la Corée du Nord que sur l'Irak. "C'est une expression très équilibrée et modérée de sa politique. Nous saluons la réaffirmation par le président Bush des avantages que la Corée du Nord peut obtenir à certaines conditions", a-t-il dit.

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Des soldats américains basés en Corée du Sud écoutent le discours de Bush
© AFP Kim Jae-Hwan
Le président américain a déclaré que la Corée du Nord devait abandonner ses ambitions nucléaires pour retrouver le respect de la communauté internationale. Il a accusé le régime de Pyongyang d'être oppressif et de faire vivre son peuple dans "la peur et la famine" et ajouté que "les Etats-Unis et le monde ne seront pas soumis au chantage" nucléaire. Mais il a réaffirmé que Washington continuait de chercher une solution pacifique en coopération avec les voisins de la Corée du Nord.

La bourse de Séoul a chuté de 2,87% après le discours de M. Bush, les investisseurs estimant qu'il n'apportait pas perspective de déblocage.

Séoul avait espéré que la visite de M. Lim à Pyongyang permette une percée et évite que la question nord-coréenne soit portée devant le Conseil de sécurité de l'ONU où elle risque de s'aggraver.

L'émissaire du président Kim a par ailleurs fait état d'un progrès dans les relations intercoréennes lors de sa mission. Les deux gouvernements se sont mis d'accord pour achever le mois prochain une première liaison ferroviaire à travers leur frontière en plus d'un demi-siècle, a-t-il déclaré.


Mercredi 29 janvier 2003
Michel Barnier, commissaire européen, défend le soutien au développement des pays de l'Est sans oublier celui aux Quinze :
«l'UE doit augmenter l'effort de solidarité»
Par Julie MAJERCZAK et Jean QUATREMER

mercredi 29 janvier 2003


 
 
 

Michel Barnier, ex-ministre français : «La solidarité de l'UE doit s'exercer partout où elle est nécessaire. Dans les régions pauvres de l'Est comme dans celles de l'Ouest.»
  Bruxelles (UE) de nos correspondants

ilnius ou Lisbonne ? L'élargissement va-t-il obliger les Quinze à choisir entre leurs «pauvres» ? De fait, si le budget consacré aux aides régionales n'augmente pas, tout l'argent européen consacré à la réduction des inégalités entre les régions filera à l'Est. Evidemment inacceptable, sauf à vouloir chatouiller l'euroscepticisme des pays de l'Ouest. La France, par exemple, a reçu 15 milliards d'euros sur la période 2000-2006. Alors que la Commission va adopter, demain, son deuxième rapport sur la «cohésion économique et sociale», Michel Barnier, le commissaire chargé du dossier, plaide, dans un entretien à Libération, pour une augmentation conséquente du budget consacré à la seconde politique européenne, après la politique agricole commune.

Avec l'élargissement, les aides régionales (fonds structurels) ne vont-elles pas bénéficier exclusivement aux pays de l'Est, qui accusent un très fort retard de développement ?

Il est clair que le centre de gravité de la pauvreté va se déplacer à l'Est. Mais ce n'est pas parce que l'on fait entrer des régions très pauvres de Hongrie, d'Estonie ou de Pologne dans l'Union que les régions en difficulté du sud de l'Italie, d'Espagne, de Grèce ou des DOM français vont brusquement devenir riches (1). Il s'agit là d'un effet d'optique: les régions pauvres de l'Europe de l'Ouest resteront pauvres, mais elles ne seront plus aidées. Comme les bassins industriels de Lorraine ou du Nord-Pas-de-Calais, les quartiers les plus défavorisés de Londres ou de Naples, où il existe des inégalités insupportables. Il faut donc continuer à leur venir en aide. La solidarité de l'UE doit s'exercer partout où elle est nécessaire. La bonne proportion serait de réserver deux tiers des aides pour les régions les plus en difficulté et un tiers pour les autres, à travers quatre ou cinq objectifs politiques ciblés, comme la question urbaine, la reconversion, les régions à handicaps...

Si l'on veut aider à la fois les régions pauvres des pays de l'Est et celles des Quinze, il va falloir augmenter le budget...

C'est indispensable. Les inégalités seront multipliées par deux dans l'Europe élargie. Il y aura 116 millions de personnes vivant dans des régions en retard de développement, contre 68 millions aujourd'hui. La responsabilité des chefs d'Etat et de gouvernement sera de décider, le moment venu, de mettre le budget en accord avec leur décision politique d'élargir l'Union, c'est-à-dire d'augmenter l'effort de solidarité. Aujourd'hui, la politique de cohésion représente 0,32 % du PIB communautaire, c'est-à-dire 30 milliards d'euros par an. Ce qui n'est pas beaucoup. Mais le budget de l'Union s'élève lui-même à peine à 1 % du PIB communautaire. Je pense que le seuil minimal de la future politique de cohésion doit être de 0,45 % du PIB communautaire, soit 10 à 15 milliards de plus qu'aujourd'hui.

Les pays candidats seront-ils capables d'utiliser autant d'argent, alors que l'on sait que leurs administrations ne sont pas prêtes, quand elles ne sont pas corrompues ?

On a plus d'expérience, notamment à la suite des problèmes que nous avons connus en Italie ou en Grèce. Nous allons aider ces pays à moderniser leur administration et à faire reculer la corruption. Les fonds structurels doivent être un levier. Il y a des règles pour les marchés publics, des évaluations et des comptes à rendre pour en bénéficier.

Qui va accepter de payer, alors que les Etats cherchent plutôt à réduire leurs dépenses ?

Derrière cet argent, il y a une certaine idée de l'Europe : nous ne sommes pas, nous ne devons pas être seulement un supermarché, comme l'a dit Jacques Delors au début des années 90. Nous sommes dans une économie sociale de marché, et «sociale», à cet endroit, veut dire redistribution entre Etats riches et Etats pauvres. La réussite de l'UE a un prix. Il faut tout mettre dans la balance, et pas seulement l'argent qu'on dépense. Ces régions qu'on aide cessent d'être des régions d'émigration clandestine ou officielle. Quand les gens ont un avenir chez eux, ils n'émigrent plus, ils ne sont plus la proie de tous les trafics. Qui parle aujourd'hui des problèmes de l'immigration portugaise en France ? Grâce son adhésion à l'UE, grâce à l'effort de solidarité, le Portugal a construit progressivement un avenir chez lui pour ses enfants. Il va se passer la même chose avec l'Est. Et je dirais même que cela va se produire plus vite. On sous-estime la capacité et l'intelligence de ces pays. Mieux : une partie de la croissance qui nous manque va venir de chez eux. La reconstruction que nous allons aider va entraîner, non pas un New Deal, mais quelque chose qui y ressemblera... A condition que le contexte mondial soit favorable. En outre, et c'est une leçon de ce rapport, les pays riches qui paient pour les régions pauvres des autres Etats sont loin d'être perdants : cet argent produit du chiffre d'affaires, qui bénéficie à hauteur de 25 % à des entreprises de ces pays riches. Enfin, il ne faudrait pas oublier ce que représenterait le coût du non-élargissement, ou plutôt celui d'un élargissement raté, en matière de concurrence sauvage, de délocalisations, d'immigration clandestine et de réseaux mafieux qui se développent sur la pauvreté.

(1) Les aides bénéficient surtout aux régions dont le revenu par tête est inférieur à 75 % du PIB communautaire par habitant. La moyenne européenne va donc baisser avec l'élargissement, ce qui va entraîner l'exclusion des régions d'Europe de l'Ouest du régime des aides.


Mercredi 29 janvier 2003
ETATS-UNIS

Les principaux points
du discours de George W. Bush


Voici les principaux points du discours sur l'état de l'Union prononcé par George W. Bush mardi à Washington devant le Congrès en session plénière:

IRAK
-Le secrétaire d'Etat Colin Powell présentera devant le Conseil de sécurité des Nations unies mercredi des preuves de liens en Bagdad et des réseaux terroristes et du refus de l'Irak de désarmer.
-Le monde ne peut pas se permettre d'attendre que la menace irakienne soit imminente, avance Bush. «Depuis quand les terroristes et les tyrans nous avertissent-ils de leurs intentions, nous font-ils poliment savoir qu'ils vont frapper?»

GUERRE CONTRE LE TERRORISME
-Création d'un centre de traitement de la menace terroriste au sein du ministère de la Sécurité intérieure. Ce centre réunira tous les services de renseignements sur le terrorisme, intérieur et international.
-Demande au Congrès d'allouer un budget de six milliards de dollars sur dix ans pour rendre rapidement disponibles vaccins et traitements contre les armes bactériologiques telles que la peste et le bacille de la maladie du charbon.

LE SIDA EN AFRIQUE
-George W. Bush annonce le lancement d'un programme d'aide de 15 milliards de dollars sur cinq ans pour combattre le SIDA en Afrique et dans les Antilles.

COUVERTURE MEDICALE
-George W. Bush promet le vote d'un budget de 400 milliards de dollars sur dix ans pour modifier la couverture médicale, offrant aux Américains les plus âgés le choix entre plusieurs programmes incluant la prescription.

RETRAITES
-George W. Bush renouvelle son soutien à un système de retraite par épargne.

AVORTEMENT ET CLONAGE
-George W. Bush demande au Congrès d'interdire le clonage humain.

ENVIRONNEMENT
-Le président américain propose de consacrer un budget de 1,2 milliard de dollars sur une période indéterminée pour accélérer la mise au point de véhicules mus par l'hydrogène et sans émission atmosphérique.

LUTTE CONTRE LA DROGUE
-George W. Bush demande une augmentation de 600 millions de dollars sur trois ans des programmes fédéraux de traitement des problèmes liés à la drogue. AP