INTERNATIONAL(du 15/11/2002 au 02/02/2003)(fin de la deuxième partie)

par ERIC JL BRETON

Publié le vendredi 31 janvier 2003

Vendredi 31 janvier 2003
Afghanistan
Le sursaut taliban

Hamid Karzai fait face à une nouvelle alliance des talibans et des fidèles du fondamentaliste Hekmatyar.

Olivier Weber

Le pays des insoumis n'en aura-t-il jamais fini avec ses moines-soldats ? Alors que le président Hamid Karzai marque des points, les talibans resurgissent sur la scène afghane. Et s'accrochent avec les forces américaines. Dans les grottes du Sud-Est, 70 miliciens, affiliés au fondamentaliste Gulbuddin Hekmatyar, ont défié les forces de Karzai et les renforts américains, lors de la plus grande bataille depuis un an dans le pays. Un écueil de plus pour le chef de l'Etat afghan, qui tente de rallier les provinces des seigneurs de la guerre à l'autorité centrale. Une preuve aussi du lien entre les fidèles d'Hekmatyar, ex-Premier ministre de retour d'Iran, et les séides du mollah Omar.

Est-ce un signe du regroupement de forces talibanes dans le Sud ? Selon plusieurs sources, Hekmatyar concentrerait ses hommes dans quelques poches, pour une alliance tactique avec les anciens talibans, qui disposent toujours de caches et de villages de repli dans le sud du pays. Cette bataille intervient au moment où Karzai redoute un possible retrait américain en cas de frappes en Irak. Constat d'un conseiller du chef de l'Etat : le roi serait alors vraiment à nu

© le point 31/01/03 - N°1585 - Page 52 - 211 mots

Vendredi 31 janvier 2003
Pression sur Belgrade pour livrer Mladic
Washington suspendra ses aides si l'ex-chef militaire n'est pas extradé.
Par Petra MARKOVIC

vendredi 31 janvier 2003


 
 
 

«Nous voulons régler la question des crimes de guerre qui menace nos relations bilatérales.» L'émissaire américain chargé des crimes de guerre
  Belgrade de notre correspondante

lors que les nouvelles autorités réformistes de Belgrade sont soumises à de fortes pressions américaines pour qu'elles transfèrent à La Haye l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, le général Ratko Mladic, ce dernier s'occuperait «tranquillement» de ses abeilles, dans les environs de Valjevo, au coeur de la Serbie. Les habitants du village de Vragocanice sont formels : le champ et les ruches appartiennent à ce général inculpé par le Tribunal pénal international (TPI) de «crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide».

Station thermale. Certes, cela fait un certain temps qu'il n'y a pas été vu. Mais les rumeurs vont bon train. L'une d'elles fait état d'une tentative ratée d'arrestation dans la nuit du 30 au 31 décembre. «Mladic se cache probablement bien en Serbie où il a beaucoup de partisans, avec 30 à 50 hommes pour sa protection», explique l'avocat Marko Nicovic. Cet ancien chef de la police de Belgrade, aujourd'hui spécialisé dans la lutte contre le trafic de drogue, se dit convaincu que si une décision politique intervient, l'arrestation de Mladic sera confiée à des commandos britanniques, américains, français ou allemands.

On raconte à Belgrade que le général Ratko Mladic, perçu par beaucoup de Serbes comme un héros, et accusé par le TPI d'être le responsable du massacre, en juillet 1995, de quelque 7 000 Musulmans bosniaques à Srebrenica, passerait le plus clair de son temps dans une station thermale de l'armée, près de Valjevo. Il y aurait trouvé refuge après le transfert vers le TPI, en juin 2001, de son mentor, l'ancien homme fort du pays, Slobodan Milosevic.

Venu à Belgrade la semaine dernière rappeler que le 31 mars était la date butoir après laquelle Washington suspendrait ses aides économiques, Pierre Richard Prosper, l'ambassadeur itinérant américain chargé des crimes de guerre, s'est entendu répliquer par Zoran Djindjic, le Premier ministre serbe, que son pays «ne serait pas en mesure d'ici là de répondre aux exigences américaines». Les autorités de Belgrade espéraient bénéficier d'un répit avec le départ volontaire à La Haye du dernier président de Serbie, Milan Milutinovic, ancien homme de confiance de Milosevic. Espoir balayé. L'ambassadeur américain a non seulement insisté sur l'extradition de Mladic, mais a également réclamé celle de deux anciens officiers de la JNA, l'armée de l'ex-Yougoslavie, Veselin Sljivancanin et Miroslav Radic, déclarés responsables par le TPI du massacre, en novembre 1991, de civils croates à Vukovar, ville de l'est de la Croatie.

«Acte patriotique». Pour Washington, le degré de collaboration de Belgrade avec le TPI conditionne à la fois l'aide économique et, à terme, l'intégration de la Serbie et du Monténégro à l'Union européenne et à l'Otan. «Nous souhaitons régler une fois pour toutes la question des crimes de guerre qui menace non seulement nos relations bilatérales, mais aussi l'avancée de votre pays vers l'Europe», a averti l'émissaire américain.

Zoran Djindjic a prié les inculpés d'accomplir un «acte hautement patriotique» en se rendant volontairement. «Si on me demandait d'aller à La Haye pour aider mon pays, je le ferais sans hésiter. Pourtant, je ne suis pas un aussi grand patriote que Ratko Mladic», a martelé le Premier ministre serbe, tout en affirmant n'avoir jamais reçu des Occidentaux la moindre information «utilisable» ou «méritant d'être vérifiée» quant à la présence de Mladic en Serbie.

Justice sélective. Le président yougoslave Vojislav Kostunica a, quant à lui, dénoncé auprès de l'émissaire américain «la justice sélective» du TPI «qui, a-t-il dit, rejette sur la partie serbe la plus grosse part de responsabilité, ce qui explique l'absence de confiance de l'opinion yougoslave en cette institution». Kostunica et une bonne partie de la population, hostiles à l'idée de reconnaître que les Serbes ont commis des crimes de guerre pendant les conflits de l'ex-Yougoslavie, ressentent comme une injustice le nombre et le rang des inculpés. Les médias de Belgrade s'indignent dans une quasi-unanimité : «Cinq anciens présidents serbes sont déjà à La Haye !».


Vendredi 31 janvier 2003
Iran : l'ex-dauphin de Khomeiny libéré
L'ayatollah Montazéri était maintenu en résidence surveillée depuis cinq ans.
Par Etranger Service

vendredi 31 janvier 2003


 
 
 

 

a libération était attendue et c'est finalement hier matin que l'ayatollah Montazéri a pu quitter sa maison après plus de cinq ans d'une résidence surveillée qui s'apparentait à un isolement presque total. Son premier geste a été de se rendre à la grande mosquée de Qom et sur la tombe de son fils Ahmad mort en «martyr» dans un attentat dans lequel 70 dirigeants religieux ont été tués en 1980...

Critiques. L'ex-dauphin de Khomeiny était tombé en disgrâce quelques mois avant la mort du guide de la République islamique en 1989 : il critiquait trop vertement le pouvoir et la répres sion politique et culturelle. Mais le point de non-retour sera franchi en 1997 quand il mettra en cause l'autorité politique et religieuse du successeur de Khomeiny, l'ayatollah Ali Khameneï. Montazéri était alors mis en résidence surveillée dans sa maison de Qom, la principale ville religieuse du pays.

Dès son premier discours public, hier, le vieil ayatollah a montré qu'il n'a rien perdu de sa combativité. Souriant et en bonne forme malgré ses 80 ans et les rumeurs concernant sa santé, Ali Montazéri a critiqué implicitement le guide suprême. Sans sembler préoccupé de la présence des Gardiens de la révolution chargés de le protéger après l'avoir maintenu à l'isolement. Devant plus de 600 fidèles rassemblés chez lui, il a ainsi affirmé, allusion claire à Khameneï, que «le pouvoir de commandement religieux accordé par Dieu à tous les croyants n'était pas absolu mais limité». Il affirmait de plus sa volonté d'intervenir dans le débat politique : «Comme durant ma détention, je continuerai à répondre aux questions (politiques et religieuses) et à agir, c'est mon devoir religieux.» Il avait en effet publié régulièrement des communiqués pour défendre la liberté et la démocratie ainsi que les réformes du président Khatami.

Popularité. Pour son retour sur la scène, l'ex-dauphin de Khomeiny n'a rien laissé de côté. Non, sa libération n'a pas été conditionnelle, «comme cela a été dit» : «Je ne demande rien à personne excepté à Dieu.» Oui, il a eu raison, en dépit des critiques des conservateurs, de parler aux radios étrangères : «Lorsque notre radio ne diffuse pas nos paroles, nous sommes obligés de (leur) parler. Au moment de la révolution, l'imam Khomeiny parlait aux radios étrangères et personne n'osait le critiquer.» Le défilé permanent dans sa maison montre la popularité intacte de Montazéri qui compte des partisans au Parlement et dans les hautes sphères de l'administration. Particulièrement chez les réformateurs. Deux grands ayatollahs proches de ces derniers, Youssef Saneï et Moussavi Ardebili, lui ont rendu visite. L'ayatollah Taheri, ancien imam de la prière d'Ispahan, qui a démissionné pour protester contre la dérive du régime islamique, aussi. Il est vrai que la légitimité religieuse incontestée de Montazéri ne pourra qu'aider les réformateurs dans leur bras de fer avec les conservateurs....



1 Commentaire :

Commentaire écrit le dimanche 25 janvier 2004 à 12:35:31 (lien)
said abdillah said ahmed
Je suis content que l'ex-dauphin de l'imam soit libéré.Toutefois je ne partage pas ses critiques sur le Guide actuel et ni sur le système de gouvernance.J'espère qu'il contibuera à eclairer les réformistes qui sont ,je crois , très naifs comme GORBATCHEV ignorant les vrais combat des occidentaux.
Paix sur vous.


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